Pratique de la Mindfulness avec les enfants dans le soin

Il est 7h00. Mon réveil sonne. La fatigue est là. Je sens mon corps lourd ce matin. Comme incrusté dans le moelleux du matelas.

Il y a quelques années, je me serais levée sans prendre le temps de l’expertise de cette sensation ; la vie d’interne de chirurgie, la rigueur de l’horloge, l’attrait pour l’acquisition des savoirs, des savoir-faire, un goût naturel de se tourner vers les autres, se tendre avec toute son attention vers eux, pour leur bien-être, pour soigner les uns... les patients, pour respecter les autres... les collègues, les maîtres. Une véritable sortie de corps, parfois même un oubli de soi, teinté aussi de beaucoup de réjouissances, d’excitation et de partages.

Aujourd’hui, vingt ans après, beaucoup de choses ont changé, tant dans ma vie personnelle que professionnelle. Chacun a son parcours, chacun son évolution. Je prends le temps de sentir cette lourdeur si singulière. A première vue, elle n’est que fatigue, et légèrement désagréable, teintée aussi d’une petite anxiété. « Je suis fatiguée », me dis-je. Et j’ajoute « je vais ramer aujourd’hui... il faut que j’arrive à me reposer. ». Hum... intéressant tout ça ;). Pensées, jugement à propos, pression de performance même dans l’intention de repos, et autres petits commentaires du matin.

Je regarde passer les pensées, les images aussi. Tout ce qui m’éloigne à nouveau de mon corps. Je n’ai pas encore ouvert les yeux. Ils sont pourtant bien réveillés déjà. Volontairement, je les garde fermés. Je prends le temps. Pas longtemps, juste le temps. Comment est cette lourdeur ? Tiens, elle s’est modifiée. Ou bien peut-être simplement, accepter de tourner mon attention vers elle, en change ma perception. Peut-être. Peu importe. Elle est maintenant teintée de douceur. C’est curieux, elle me semble maintenant être le signe que j’ai au contraire bien dormi. Tout mon corps est à la fois détendu et lourd comme un cailloux. Une joie m’envahit soudainement, aussi subtile qu’imprévue. Je respire. Mon ventre gonfle. La fraîcheur turbulente entre au bout de mon nez. La première respiration consciente du matin. Instant après instant, j’observe. L’espace de quelques secondes simplement. Ma journée est déjà bien riche en perceptions et en enseignements. Je regarde encore passer quelques pensées qui m’invitent à sourire de moi: « en fait ça va plutôt bien :), ça va aller cette journée ;) ».

Voilà ce que m’apporte la pratique de la méditation de pleine conscience. Cet entraînement, tant ponctuel et informel que formel et quotidien. Observer, remarquer, instant après instant, délibérément, sans jugement, les pensées, les sensations dans le corps ; les laisser être, observer leurs nuances mouvantes et les laisser se succéder ou être là toutes à la fois. Je me rends compte maintenant alors que je me relis que mon récit de ce réveil ressemble à un « happy end ». Oui, aujourd’hui en effet, mais ce n’est pas toujours comme cela, et d’autres fois des perceptions désagréables ou des pensées inconfortables seront là.

La pratique de la Mindfulness ou Méditation de pleine conscience ou de pleine présence ne cherche pas à atteindre de but particulier, il n’y a notamment pas de quête d’un état de calme ou de bien-être immédiat. En revanche « observer » nous permet de modifier la relation que nous entretenons avec nos sensations, nos pensées, nos émotions, nos envies de réagir et donc de nous adapter de notre mieux à ces conditions internes. « être attentif » aiguise également nos sens et nos perceptions des conditions extérieures telles qu'elles se présentent. Dès lors, on peut aisément comprendre comment cette pratique régulière peut être préventive et protectrice. Quand je ressens toutes ces nuances fines et en temps réel au moment où elles émergent, je me donne l’occasion, la possibilité, d’adapter quelque chose. J’ouvre cet espace de liberté qui donne une place au choix délibéré d’une direction. Je quitte mon pilote automatique pour ressentir, identifier l’inconfort, la fatigue ou autre chose encore, et décider avec douceur, de petites adaptations qui iront dans le sens d’un équilibre meilleur, corps-coeur-mental.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu cette propension à observer ainsi. Le corps en mouvement ; les pensées quand le corps est posé statique, ou bien posé dans un mouvement répétitif comme la marche. Certaines personnes semblent avoir des aptitudes naturelles pour cela, pour d’autres cela est moins familier d’emblée mais nous pouvons tous nous y entrainer et acquérir les habiletés qui en découlent.

Mais au fait, pourquoi je vous raconte tout cela ?

Eh bien, parce que la pratique de la Mindfulness à titre personnel en tant que soignant, parent, ou aidant, est au coeur de la pratique de la méditation avec les enfants.

Je suis Oto-Rhino-Laryngologiste et depuis maintenant plus de trois ans, je propose aux jeunes patients qui nécessitent une chirurgie, une préparation à l’intervention qui inclut des exercices de cette pratique méditative laïque. Avec un peu de recul maintenant, je peux dire la satisfaction des jeunes patients et de leur famille, la nôtre en tant que soignant aussi. Comme dit, cultiver l’attention ensemble, donne de la place et de l’importance à la présence attentive des adultes autour de l’enfant. Elle donne la possibilité à l’enfant de prendre des repères de temps et d’espace tout en développant sa capacité à observer ce qu’il ressent, partager son expérience, dire son besoin. Adultes et enfants apprennent, retrouvent ou simplement se donnent une occasion de cultiver une amitié envers eux-mêmes, une acceptation mutuelle des différences et des nuances de ressentis.

La méditation de pleine conscience peut se prolonger par des exercices de bienveillance envers soi-même, d’auto-compassion. Cette gentillesse envers soi, si importante à connaître déjà, lorsque l’inconfort se présente, pour ne pas rajouter de la souffrance à la douleur. Cette attention envers soi et mutuelle, entre adultes et enfant, qui permet à la relation de s’établir simplement sur les bases de notre commune humanité.

Dans mon expérience, cela transforme la relation à l’expérience inhabituelle, telle qu’une chirurgie ou un autre soin. Celle-ci est le plus souvent « enregistrée » comme neutre ou agréable dans les souvenirs, et même désagréable, leur ré évocation est aisée, et sans manifestations émotionnelles intenses.

Ceci est fondamental pour l’adhésion de l’enfant au projet de soin, sa confiance en lui, en ses parents et en les soignants, en vue des soins et consultations ultérieures. L’enfant, ses parents, et les soignants sont alors acteurs et partenaires. Chacun ressent, observe, communique, s’ajuste, d’instant en instant, dans une intention commune d’un mieux-être ou d’un maintien de bien-être, avec une grande fluidité, un respect mutuel et une gratitude qui s’exprime. Lorsque l’inconfort ou la douleur est là, mais aussi lorsque le confort et la gaité sont au rendez-vous. Notre attention est alors si entrainée que nous profitons à ce moment, chacun, pleinement de ces instants nourrissants et ressourçants.

Pour finir, surtout ne me croyez pas sur parole. Autorisez-vous simplement à essayer et vous faire votre propre expérience. Cela peut commencer maintenant, par une seule respiration consciente. Prendre une pause. Écouter le silence habité autour de vous.

Maintenant… à cet instant… que fait votre ventre ? Comment bouge-t-il avec la respiration ? Et comment est l’air qui entre dans le nez ? Frais, léger, turbulent, ou autre chose… entrainement, entrainement.

C’est vous qui écrivez la suite de l’histoire !

Chaleureusement à tous,

Carine

Auteur: Carine Deloire

Pour en savoir plus :

Prochainement : Carine Deloire, Tu médites avec moi ? :) Mindfulness enfant et accompagnants adultes, Santé au quotidien, collection LaRéponseduPsy, Editions Ellipses

François Bourgognon, Savoir pour Guérir, la méditation en 10 questions, Collection laRéponseduPsy, Editions Ellipses ; 2020

François Bourgognon, Méditer avec Namatata, Editions First ; 2019

Sandrine Déplus et Magali Lahaye, La pleine conscience chez l’enfant et l’adolescent, Editions Mardaga ; 2019

Corinne Isnard Bagnis, La pleine conscience au service de la relation de soin. Méditer pour mieux soigner, Editions De Boeck supérieur ; 2017